Tout est dans le regard

Publié le par ALF

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Deux jeunes femmes, deux destins, presque croisés, deux photos qui resteront célèbres.

 

 

La première jeune femme, à gauche, s'appelle Sharbat Gula. Elle était adolescente lorsque la photo fut prise en 1984 par le photo-journaliste Steve McCurry. Elle fit ensuite la Une du National Geographic américain l'année suivante.

Près de 20 ans plus tard, en 2002, le photographe la retrouve (il n'avait que sa photo pour la retrouver, elle restait "l'afghane aux yeux clairs", pour tout le monde) et la photographie à nouveau. C'est une femme de 30 ans qui semble très éprouvée par la vie. Une femme dans le tourment de l'Afghanistan.

 

La jeune femme à droite, en couverture du Time, est, elle aussi, afghane. Elle s'appelle Bibi Aisha. Son visage défiguré, elle le doit à un "crime" qu'elle a commis. Lequel? Celui de quitter le domicile conjugal d'un homme qui la battait et qu'on lui avait imposé à l'âge où d'autres filles, chez nous, jouent à la Barbie. La loi talibane interdit aux femmes de s'exprimer, de s'opposer au mari. Elle sera dépossédée de son visage, mutilée au niveau du nez et des oreilles.

 

 

La seconde photo (prise par Jodi Bieber, photographe sud-africaine)  vient d'être primée (World press photo 2010) et fait donc la Une de l'actu. Vous avez d'ailleurs sans doute entendu parler de cette jeune femme il y a quelque temps, d'une part avec la Une du Time et parce qu'elle a fait le voyage aux Etats-Unis et qu'on lui a offert une chirurgie reconstructrice.

 

En voyant cette photo, j'ai immédiatement pensé à celle de Sharbat Gula. Pourtant, elles ne se ressemblent pas. Mais l'une et l'autre dégagent quelque chose. Elles sont attractives pas dans le sens anglais du terme, c'est-à-dire "séduisante" si l'on traduit littéralement, mais dans le sens qu'elle dégage quelque chose. Elles exercent une attraction, comme un aimant. Elles retiennent l'attention. Peut-être parce qu'on connaît ou suppose leur vie, leur destin.

Des femmes qui vivent dans un pays d'un autre âge. Dans un pays sans cesse tiraillé par les guerres, les conflits, l'injustice, la peur, la fuite, les interdits. Dans un pays où 90% des femmes, selon l'ONU (c'est énorme !) sont le sujet de violences conjugales.

 

De son côté, Sharbat Gula, orpheline suite à l'invasion de son pays par les Soviétiques, vit toujours en Afghanistan (elle fut néanmoins réfugiée au Pakistan à l'époque de l'invasion des troupes soviétiques) où elle a eu quatre filles (dont l'une est morte en bas âge). Elle fonde l'espoir qu'elles recevront une éducation qu'elle n'a pas eu la chance d'avoir.

 

 

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Le même regard vert pénétrant, dans lequel on peut presque lire les tourments de la vie

 

 

  

Bibi Aisha, est, quant à elle, en l'attente d'une chirurgie réparatrice aux Etats-Unis. Elle survit depuis qu'une association l'a découverte inanimée dans des montagnes de son pays, victime de la cruauté des talibans. Elle a déjà bénéficié d'une prothèse provisoire pour lui redonner un visage complet. Elle se reconstruit également psychologiquement.

 

 

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Retrouvera-t-elle réellement le sourire ? Crédit photo : Grossman Institute

 

 

Mais à côté du destin de ces deux femmes, qui aurait pu rester totalement inconnu, combien de femmes brûlées, mutilées, assassinées ou qui se suicident dans un pays qui ne connaîtra peut-être jamais la paix?

 

 Voir également le diaporama du Time sur les femmes en Afghanistan.

 

 

 

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Publié dans Actu

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Delph 17/02/2011 08:09


Superbe article!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!


ALF 17/02/2011 08:44



merci :-)